lundi 24 mars 2008

Il court, il court...

Voici sans doute ce que m'inspire le quotidien au cours duquel beaucoup de gens courent sans arrêt plus ou moins à perdre haleine.
Mais à quoi bon courir, le temps reste figé et nous ne faisons que passer dans son espace. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Nous ne saurions trop bien dire pour tous les jours où nous nous levons aux aurores, chaque matin, des mois durant, comme de bons petits soldats de plomb qui font leur travail sans broncher.
Et bien demain pourtant, comme "le furet" de la comptine et comme beaucoup d'entre nous, je passerai "par ici" et repasserai "par là" sur le trajet quotidien me menant de la maison au travail et du travail à la maison.
Mais au fait, tant que j'y pense, j'ai encore deux ou trois choses à préparer ;-)

dimanche 23 mars 2008

La marche de Mina

Aussitôt acheté, aussitôt lu. "La marche de Mina" n'ira donc pas rejoindre la pile des livres en attente. Encore une fois, Yôko Ogawa part d'une situation simple pour en faire une histoire baroque. Une jeune veuve peu fortunée qui doit suivre une formation professionnelle complémentaire pour se perfectionner dans son domaine, celui de la couture, est obligée par manque de moyens de se séparer momentanément de sa fille pendant un an. C'est ainsi que Tomoko, la narratrice âgée de douze ans, prend le train en gare de Okayama le 15 mars 1972 pour se rendre à Ashiya dans la région de Kobe où sa tante confortablement mariée au directeur d'une usine d'eau minérale, le Fressy, l'attend. Dès son arrivée, Tomoko est submergée par la galerie de portraits qui se profile dans le hall d'entrée de la splendide maison de style hispanique qui l'accueille.
Grand-mère Rosa à demi impotente; l'oncle à demi-occidental dont elle a eu le loisir d'apprécier le charme et l'élégance au cours du trajet entre la gare et la maison; la tante, soeur de sa mère, très silencieuse et effacée; Mina grande lectrice, sa cousine asthmatique, souriante et posée; M.Kobayashi le jardinier dont le travail essentiel est de veiller au bien-être de Pochiko une hippopotame naine ramenée du Liberia par feu le grand-père et Mme Yoneda la gouvernante énergique de la maison et la seule amie de Rosa la juive allemande déracinée arrivée au Japon en 1916.
Les jours vont s'écouler sans heurts et la parente pauvre absorbée par cette famille bienveillante ne se sentira jamais en marge dans ce quotidien doré où tous développent des personnalités bien tranchées qui finissent toujours par s'affirmer au cours des différentes circonstances de la vie.
Tomoko observe avec discrétion le mimétisme et la quasi gémellité entre grand-mère Rosa, rongée par le souvenir de sa soeur jumelle et de sa famille mortes dans les camps nazis, et Mme Yoneda, l'efficace gouvernante dont l'univers exclusif de la maison retient toute l'attention. A leurs moments de détente, les deux vieilles dames, vivent le monde dans une forme de symbiose, dans une grande intimité et dans une complicité presque parfaite (mêmes attitudes, mêmes réactions face aux événements, mêmes accessoires comme un chapeau de paille, même langage mutant mélange d'allemand et de japonais qu'elles seules sont à même de comprendre, même sens des priorités, mêmes rêves de siestes partagées...).
Tomoko est aussi sous le charme de l'oncle et de son cousin Ryuishi étudiant en Suisse. Pleins de séduction, d'élégance, de souplesse, de beauté et d'un grand charisme, les deux hommes traversent l'univers de leur hôte comme des comètes éblouissantes.
Tomoko est aussi pleine de compassion silencieuse pour sa tante prise au piège d'une prison dorée dans laquelle elle s'étiole et s'anéantit dans l'alcool, la cigarette et la solitude. Cependant, loin d'être complètement inexistante, et malgré son grand silence permanent et son effacement perpétuel, elle est capable de nourrir une passion dévorante pour la découverte "des coquilles" dans tout support écrit et de s'animer en cette seule occasion : la traque de l'erreur orthographique. Une sorte d'obsession qui tourne en boucle et qui ne la laisse jamais en repos.
Tomoko ne manque pas non plus de découvrir le dévouement sans borne de M.Kobayashi, jardinier et homme à tout faire de la famille, qui peut aussi bien entretenir l'ancien parc zoologique Fressy, nourrir et nettoyer Pochiko, mener quotidiennement Mina à l'école à dos de Pochiko pour qu'elle ne se fatigue pas, accompagner les enfants en promenade, faire toutes les courses nécessaires, transporter Mina à l'hôpital en cas d'urgence lorsque son père volage est absent, parfois pendant des jours...
Tomoko est également très intriguée dès le début par l'étrange animal de compagnie de Mina, la facétieuse Pochiko, l'hippopotame libérienne naine, âme errante et candide du jardin qui participe à sa manière très personnelle à tous les actes de la vie quotidienne le jour, et qui se réserve la nuit pour vivre sa vie.
Enfin Tomoko est fascinée par la très sage Mina, cette fillette étrange aux boîtes d'allumettes plein les poches, qui lit
Kawabata, Tchékov, Mansfield, Kafka, la littérature Arthurienne et la vie des étoiles comme des contes de fées. Mina écrit des récits inspirés des illustrations collées sur les boîtes d'allumettes, qui peuplent son univers, dans les boîtes elles-mêmes. Des histoires, aux minuscules caractères, cachées dans les boîtes d'allumettes à l'intérieur desquelles elles sont écrites. Boîtes elles-mêmes cachées dans d'autres boîtes contenues elles aussi dans des boîtes plus grandes entassées sous son lit. Le lit de Mina, dont la santé fragile en fait l'objet de toutes les attentions et de tous les soins, est une véritable poudrière. Une étincelle, et tous les mots enfouis sont libérés.
C'est donc dans cet univers presque isolé du monde, sur les flancs des monts Rokko, que Tomoko est introduite par Mina l'asthmatique dans "la salle de bains de lumière" pour y passer de longues heures. Apaisées par la faible lumière orangée, bercées par le grincement ténu des rotatives à ampoules, l'écolière et la collégienne se livrent leurs secrets, lisent les histoires aux caractères minuscules contenues dans les boîtes d'allumettes, partagent un intimité qui n'appartient qu'à elles, reprennent des forces pour affronter leur vie émaillée de tous les incidents petits ou grands qui la fondent...
Aucun ténébreux mystère dans ce roman initiatique qui se laisse lire simplement, sans heurts et sans exaspération. Une petite symphonie sur l'interaction des mondes... dans laquelle "la pièce", peut-être la métaphore d'un lieu des origines, où se dénouent toutes les tensions revient à intervalles réguliers ainsi que l'attraction du "double" que l'on rencontre dans d'autres écrits de Yôko Ogawa.

samedi 22 mars 2008

Au cours d'une balade

Voici deux pancartes insolites qui m'ont interpellée et fait sourire cet après-midi au cours d'une balade dans les "villas" ou "allées", c'est à dire, "ruelles" de la Mouzaïa.
La première, "Chat lunatique", m'a immédiatement fait penser à mes deux fauves "orgueil de la maison" "au sourire vertical" qui mènent leur vie comme bon leur semble et dont le comportement reste généralement imprévisible.
La deuxième, "A vendre, miel de Paris", m'a bien entendu rappelé les abeilles de l'Opéra. Je ne sais si la pancarte était le vestige d'une activité ancienne ou si elle recouvrait une réalité présente, mais dans les deux cas et compte tenu des nombreux jardinets et de la proximité du Parc des Buttes Chaumont, il n'était pas impossible qu'on ait vendu ou qu'on vende encore du miel à cet endroit.
Ce quartier, très joli, surtout au printemps, en été et en automne, est essentiellement constitué de maisons à jardinets serrées en pente douce les unes contre les autres. Au XIXème siècle, les collines de Chaumont et de Belleville (autrefois Bellevue pour la vue panoramique que l'on avait sur tout Paris) étaient des carrières de gypse, dont une partie des blocs expédiée aux USA servit à construire La Maison Blanche à Washington et sûrement une partie des cast-iron buildings (ancêtres des premiers gratte-ciel à ossature d'acier) à New York. Toute cette partie du 19ème arrondissement s'appelait d'ailleurs "le quartier d'Amérique" et une "rue des carrières d'Amérique" témoin de cette époque existe toujours. Ce gypse a également servi à construire les immeubles haussmanniens des quartiers centraux de Paris.
Lorsque l'exploitation des carrières cessa, les collines furent transformées. Celle de Chaumont fut intégrée au Parc du même nom conçu sous les directives de Napoléon III. Celle de Belleville fut utilisée comme terrain à bâtir et vendue par lot à une population modeste à laquelle la commune permit la construction de maisons avec un rez-de-chaussée et un étage, pas plus, en raison de la fragilité du terrain. En effet ces collines évidées ne pouvaient supporter des bâtiments trop importants, trop lourds et trop élevés. Les jardins, dont chaque habitation est pourvue, étaient à l'origine des jardins potagers et fruitiers qui amélioraient l'ordinaire des familles et dans lesquels on élevait également des poulets et des lapins dans des poulaillers et des clapiers.
L'autosuffisance alimentaire en milieu urbain disparue a laissé place à des jardins d'agrément enserrant aujourd'hui des maisons rénovées, agrandies et embellies. Enclaves bucoliques regorgeant de verdures, de fleurs, de parfums et de chats, elles sont cependant fort chères. La campagne à Paris se vend à prix d'or!

dimanche 16 mars 2008

La petite pièce hexagonale

Encore une étrange histoire et un court récit de Yôko Ogawa dont le centre comme son nom l'indique est "La petite pièce hexagonale", une énigmatique petite pièce appelée "la petite pièce à raconter" ou "kataribago" dans laquelle il n'y a qu'un banc pour s'asseoir, qu'une lampe pour ne pas être plongé dans l'obscurité, que des murs lisses sans aspérité pour ne pas se blesser, que le silence nécessaire à la parole : la vraie. Celle qui permet de raconter "ce qu'on aime, ce qu'on déteste, ce qu'on cache au fond de son coeur ou ce qu'on arrive pas à cacher, ce qui nous embarrasse, nous réjouit, des histoires du passé ou de l'avenir, la vérité ou n'importe quoi, tout est possible. On dit ce qu'on a à dire à ce moment-là."
Comme la forêt incontournable dans laquelle on s'enfonce de plus en plus en oubliant ou sans plus ressentir la peur, le froid, la faim, la réalité des choses, "la petite pièce à raconter" est un lieu unique, étrange, initiatique où chacun ressent que "c'est la volonté d'effectuer soi-même la descente au fond de son coeur qui est importante."
Un lieu atemporel qui semblerait intervenir sur le cours de la vie, qui pourrait guérir de tous les maux. Un lieu éphémère et hypothétique du conditionnel. Une seule évidence demeure. "La petite pièce à raconter" fait du bien si elle est intelligemment utilisée, c'est à dire à bon escient et sans excès en suivant une forme d'intuition propre à chacun. Elle est itinérante pour profiter à tous et "ses gardiens bienveillants" - un couple mère-fils qui n'est pas sans rappeler le couple Freud père-fille, Sigmund-Anna, même si les personnages restent en marge de tout discours rattaché de près ou de loin à la psychanalyse - s'effacent sans laisser de trace.
Un très beau petit récit simple, sobre, enchanteur, plein de maîtrise. Un bel art du raccourci propre à Yôko Ogawa experte de la nouvelle.

samedi 15 mars 2008

Yôko Ogawa


"Dans l'univers de Yôko Ogawa le quotidien prend une dimension presque toujours fantastique", écrivais-je il y a à présent deux ou trois ans. C'est à ce moment-là que j'ai découvert par hasard les livres de Yôko Ogawa alors que je fouinais dans les rayons de littérature étrangère. Le coup de foudre fut immédiat pour "Tristes Revanches" soit un ensemble de onze nouvelles. Le lien entre ces onze nouvelles se fait de manière récurrente avec la transposition d'un élément (lieu, personnage, objet...) d'un récit à l'autre. Ce fils conducteur à peine visible permet une mise en abîme des onze histoires dans une structure en boucle où la référence au réfrigérateur cercueil ouvre et ferme le recueil. L'autre coup de foudre fut pour "Amours en marge" soit un roman sur l'écriture du silence qui fait lentement remonter la mémoire enfouie par touches infimes. Ce sont ces deux premiers ouvrages qui m'ont poussée à lire en continu les autres livres de Yôko Ogawa.
Je poursuivais alors ainsi : " Des situations les plus banales, elle arrive à faire émerger les mondes les plus étranges. Des mondes d'autant plus insolites qu'ils naissent de situations et de relations du quotidien, qu'ils touchent des personnages ordinaires. L'art probablement de partir de ce qui est neutre, sans signification particulière, et de le transformer en une aventure merveilleuse et inquiétante à la fois rêve et cauchemar.
Cette auteur semble mieux s'illustrer dans des textes relativement courts comme les nouvelles par une belle maîtrise de l'ellipse. Elle y condense avec originalité l'essentiel des comportements humains en ayant toujours l'air de ne rien écrire de capital. Rien n'est remarquable dans ses fictions. Tout se déroule sur le mode mineur. Ce qui est remarquable, en revanche, c'est cette simplicité de l'écriture qui effleure les pages et constitue chaque récit.
Ses romans (moins nombreux) alourdis parfois par quelques longueurs n'en demeurent pas moins d'une inquiétante étrangeté avec "Le Musée du Silence", d'une étrange et bouleversante profondeur avec "Amours en marge", d'une étrange et poétique relation aux chiffres avec "La Formule préférée du Professeur". Et je rajouterais aujourd'hui, d'une étrange et troublante relation à l'univers de l'enfance avec "La Marche de Mina" que je viens de finir.


Avant de parler ultérieurement de "La Marche de Mina" récemment traduite en français et lue dernièrement, je rapporterai quelques notes anciennes écrites après la lecture de trois nouvelles : "La Piscine", "Les Abeilles", "La Grossesse" dans lesquelles Yôko Ogawa explore tour à tour l'érotisme, l'étrange, le sadisme et la perversion.

Dans "La piscine" la narratrice fascinée et éperdument amoureuse d'un pensionnaire de l'orphelinat géré par ses parents, modèle de perfection et de beauté qui exerce ses talents dans la passion de la natation, est éveillée à la sensualité, à l'érotisme et à la sexualité. Cependant, en apparence exemplaire, la jeune fille se livre à des actes de sadisme récurrents sur la personne de Rie, une jeune et innocente pensionnaire qui est sensée "jouer" avec elle sans rien dire. Par un travail d'écriture sur le fil du rasoir, Yôko Ogawa met bien en relation l'exacerbation mutuelle du désir amoureux et du mal jamais entièrement satisfaits. L'athlète émérite et sans reproche finit par découvrir les penchants sadiques de la narratrice et décide de poursuivre sa vie : sans elle.

Avec "Les Abeilles" la nouvelliste renoue avec le domaine de l'étrange. L'histoire, banale comme souvent, est celle d'une jeune femme altruiste qui installe son jeune cousin provincial et désargenté dans l'ancienne cité universitaire où elle-même a fait ses études. Ce lien renoué avec le passé va lui permettre d'entrer en contact avec le "Maître" infirme qui gère tant bien que mal les chambres de la cité, alors que le jeune cousin volatile reste invisitable chaque fois qu'elle tente de le rencontrer. C'est ainsi, qu'elle croisera quasi quotidiennement le "Maître" et qu'un échange s'instaurera entre la narratrice et le vieil homme. Leur estime réciproque grandira comme la tache non identifiée qui se propage lentement au plafond, qui s'étale énigmatiquement voire dangereusement chaque jour un peu plus jusqu'à ce que la narratrice angoissée, littéralement étranglée et étouffée de peur par cette invasion galopante ne découvre, après la mort de son vieil ami, qu'il s'agit d'un monstrueux essaim d'abeilles dont le miel se répand à vue d'oeil entre le toit et le plafond dans un conduit d'aération.

"La Grossesse", elle, est une perle de sobriété qui conte les relations complexes de deux soeurs dont l'une attend un enfant. Dans son journal, la narratrice va narrer au jour le jour ce qui l'oppose et la lie à sa soeur enceinte. L'une indépendante et débrouillarde, observe et note systématiquement toutes les variations qui subviennent chez l'autre effacée, couvée par un mari discret aux petits soins. Peu à peu, la narratrice va voir sa soeur changer, prendre une consistance et une opacité qu'elle ne paraissait pas avoir auparavant. Cette transformation, les malaises successifs qui l'accompagnent, les fatigues répétitives et handicapantes, l'obsèdent et la dérangent jusqu'au jour où elle décide de devenir active dans cette grossesse en nourrissant sa soeur qui ne pourra finalement plus manger que les pamplemousses préparés jour après jour avec constance par la narratrice. L'une s'incorpore à l'autre et l'autre s'incorpore à l'une. Cette interdépendance les soude comme jamais elles ne le furent auparavant et ce d'autant plus que la vie de la future mère et du foetus semblent dépendre essentiellement de la soeur nourricière, celle qui prépare, qui apporte, qui donne, qui gave, qui paraît redonner la santé mais qui ne fait finalement gagner que du poids, de la dépendance et de la passivité. Les pamplemousses arrivent, sont transformés, sont ingurgités durant des heures, des jours, des mois. L'univers ne tourne plus qu'autour de ces fruits. Mais quels fruits! On ne peut pas mourir d'une indigestion de pamplemousses, au pire on peut se rendre malade mais on en guérit. C'est cependant sans compter sur le "P.W.H", produit antimoisissure fortement cancérigène qui détruit les chromosomes, contenu par ces fruits de ce fait gorgés d'une chair et d'un jus chargés de poison. Sous les airs paisibles de la vie quotidienne, la mort s'installe tranquillement mais sûrement, se répand sournoisement avec un air de ne pas y toucher dans l'organisme, dans le sang de la femme enceinte et du bébé à naître. La narratrice n'évoque jamais clairement son geste d'empoisonnement conscient vis à vis de sa soeur. Elle la nourrit toujours de confiture de pamplemousses "avec fermeté" et se demande parfois sans états d'âme quelle sera "la forme des chromosomes attaqués". Elle s'occupe bien de sa soeur en accédant sans cesse avec obligeance à cette exigence effrénée de chair de pamplemousses. Elle ne fait que contenter, pense-t-elle, un désir irrépressible, une envie folle, un caprice alimentaire de femme enceinte. A la chute du livre, nous comprenons en quelques mots toute l'ampleur du désastre : " J'étais debout, immobile, en train de concentrer mes nerfs sur les pleurs qui m'arrivaient par vagues [...] Je me suis mise à marcher vers la salle des nouveaux-nés, à la rencontre du bébé détruit de ma soeur."