jeudi 16 août 2007

Du Musée Cluny

Marguerite, devenue Sainte, peinte à l'huile sur bois par un incertain Maître de Pacully à la fin du XV°siècle, n'a presque plus de secret pour moi.
En visite à Cluny, c'est Stéphanie qui a attiré mon attention au sujet de ce tableau. C'est le dragon bien sûr, éventré de surcroît, d'où semblait surgir Marguerite qui nous a interrogées plus que la Sainte elle-même.
Renseignements pris, cette Sainte Marine d'Antioche (Marguerite pour les latins christianisés), martyrisée comme il se doit de mille épouvantables façons par un amoureux éconduit, ...un drôle d'Olybrius qui la désirait..., fut dit-on avalée toute entière par un dragon diabolique furieux de la résistance de la belle. Mais, en bonne thaumaturge, elle finit par sortir du corps hideux du monstre en l'éventrant de sa petite croix de nouvelle convertie, pour retrouver la lumière et protéger les parturientes.
Le nom actuel de "dragon" viendrait du grec "drakôn" au sens de monstre ou de nom propre dans la personne d'un sévère législateur, du latin "draco" au sens chrétien de démon et de diable et aurait une filiation avec un verbe d'origine indo-européenne soit "derkesthai" qui signifierait fixer ou scruter. L'idée qui demeure est celle d'un animal mythique et fabuleux au regard inquisiteur et dangereux.
Parent de la Lycastre méditerranéenne, de la Coulobre de Dordogne ou de Provence, de la Vouivre ou Guivre poitevine, de la Tarasque du Rhônes près de Tarascon, du Graoully de Metz, du Basilic de Vienne, de la Gargouille de Rouen, du Cocatrix et de bien d'autres monstres encore d'ici ou d'ailleurs, le Dragon, sorte de serpent démesuré, se caractérise donc comme ses cousins par des attributs multiples et dangereux (ailes, griffes, yeux perçants, dorsale gigantesque, écailles, pointes piquantes, queue massue, bouche enflammée, double langue fourchue...) et des pouvoirs magiques le plus souvent maléfiques.
Alors, à bon entendeur... si vous le rencontrez au coin d'un texte ou d'une image!...

Musée de Cluny, Paris, Ste Marguerite
Photo de mhaleph

mardi 14 août 2007

A mort l'infini

Le grand néant

Vu à Beaubourg, l'exposition de Philippe Mayaud, lauréat et gagnant du prix Marcel Duchamp, tournant essentiellement autour de la dualité vie-mort. Le sujet pas fondamentalement sans intérêt, mais pas forcément capital non plus, est traité de manière inégale. " La critique est aisée, mais l'art est difficile", a dit un jour je ne sais plus qui...
Cependant, on retient avec le sourire les représentations du fantasme de dévoration amoureuse dans des réalisations pâtissières précieuses, sophistiquées, au glaçage rose bonbon ou pastel et chocolat, tout crémé de légèreté blanchâtre. Parties du corps ( langue, doigts, coeur, poumon, clitoris, vulve, lèvres, pénis, gland, bouton de sein...) mis en scène pour une incorporation maniérée et acceptable (artistiquement correcte?) ne visant point à heurter les sensibilités urbaines (très tendance?) bien loin des représentations tragiques de Bunuel ou de L'Empire des sens. Aucune violence apparente dans cet érotisme "glacé" et pourtant... Sur le même mode de l'irréalité fantastique, on retient encore des machines d'amour ailées et masquées dont les discours monocordes et juxtaposés se mêlent sans fin diffusés par les mêmes bouches souriantes et figées.

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On regarde ensuite avec lassitude les blanches machines de guerre et les blancs cimetières militaires miniatures à perte d'étagères. Banalisation du mal par le blanc de l'absence. Annulation des démarches d'agression par le vide du blanc.

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Plus loin, enfin, tout au fond, une insolite installation : un tombeau de marbre (où ce qui y ressemble) sur pied, gravé en lettres dorées du titre de l'exposition, soit : "A mort l'infini". A chaque extrémité, des lentilles permettent d'observer (assis) l'infini s'étendant et se contractant indéfiniment. L'occasion de se reposer l'esprit et de le laisser filer sans rien penser. Le rappel humoristique et comestible de cet univers interstellaire (comme un clin d'oeil), se fait par le truchement de "Cheddar, Mortadella, Cosmo" dans lequel l'infini s'adapte à l'élasticité suggérée du sandwich encadré et accroché au mur au-dessus du catafalque.


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Si par hasard, vous désirez vous rassurer sur votre incapacité à être pleinement en phase et sur votre mauvaise volonté à produire quelques paroles de réception cohérentes de cette oeuvre singulière, point de panique! L'artiste le fera fort bien pour vous en vous donnant les clefs d'accès à sa production artistique, dans le sas d'entrée où vous pourrez le voir et l'entendre (en collant l'oreille au haut-parleur) dans une vidéo dans laquelle il explique sa démarche qu'il emballe d'un joli papier de soie et qu'il agrémente d'une faveur. L'enveloppe du discours vous aidera sans doute à améliorer votre perception personnelle et à la diffuser autour de vous dans une savante maîtrise!...

Photos de mhaleph

vendredi 10 août 2007

Parodie?

Evian, Palais Lumière


Un moment d'hésitation. Une note d'incrédulité. Point alors, un certain trouble. Collusion entre affiche de propagande ancienne, ô combien datée, et affiche publicitaire? Improbable. On ne sait plus. On doute un instant. On s'étonne encore. On crie à l'anachronisme. La logique perturbée résiste...

Mais la légende, à l'x près peut-être, calme les esprits.

Photos de mhaleph

samedi 4 août 2007

Effet de perspective

Hôtel de Cluny, Jeu d'échecs, Vitrail



Dans une pièce étroite, au fond d'une alcôve retirée, entre deux croisées ouvertes sur une ville paisible, deux jeunes gens endimanchés s'exercent au jeu amoureux, ce qui consiste à déplacer des pièces d'échecs sur un damier pour vaincre les résistances (sans doute feintes) de leur partenaire. "Comment s'y prendre?" pense la Dame émue qui réfléchit de la main droite et se rassure de la main gauche.

Photo de mhaleph

jeudi 2 août 2007

" Les Messagers" d'Annette Messager

Passant devant l'illustre bateau-usine de Beaubourg, j'entrai pour renouveler (au prix de l'or! plus cher qu'au Louvre!) ma carte égarée. Une fois fait, j'allai parcourir l'exposition "Les Messagers" d'Annette Messager qui se termine le 17 septembre. Cette rétrospective m'a laissée dubitative, mais elle a l'avantage d'exister et de présenter ses principales productions depuis les années 70.


Le plan ci-dessus ( agrandir pour le lire correctement) représente l'espace des installations accompagné d'un code couleur qui résume mes réactions "primaires".

Rose = m'a vraiment plu. Les taches noires, que l'on apercevait par des fentes horizontales à différentes hauteurs dans un mur blanc, allaient et venaient en flottant suspendues à rien et m'ont rendue très légère. Casino, qui a déjà beaucoup fait parler de lui, et dont le dégorgement progressif, sonore, ondulant et perpétuel de la matrice sanglante de soie rouge éclairée de l'intérieur m'a fascinée un long moment.


Mauve = m'a plu. Les lignes de la main jouant du motif oriental sur un mur de fond tapissé de phrases répétitives manuscrites apparentées à l'art de l'éphémère, de la trace relative amenée à disparaître. Mes trophées rappelaient fortement l'art du tatouage dessin/texte sur des mains ouvertes et des parties du corps ( des images de "La femme tatouée" de Yoichi Takabayashi me brouillaient les yeux). Sentences et proverbes m'ont laissée mi-figue mi-raisin mais m'ont finalement fait rire et réfléchir au temps passé à broder "le soir à la chandelle " toutes ses paroles dérisoires du pouvoir. Exposer le machisme sans en parler pour le désamorcer.


Vert = m'a assez ou moyennement plu. Articulés-Désarticulés était présenté dans un vaste entrepôt plein de cadavres de peluches animales dans lequel je suis restée longtemps hébétée à regarder un vache (folle?) traînée continuellement sur le périmètre de ce qui pouvait peut-être représenter une zone de contagion, un espace de quarantaine. J'ai ressenti un flottement et je ne sais pas si j'ai aimé cela. Je ne crois pas. Mes caoutchoucs formes noires et découpées dans une matière souple proche de la peau rappelaient à la fois le théâtre d'ombres de Bali et les masques vénitiens. Histoires de robes, avec une note griffonnée sur leur histoire (origine, destination, fin), étaient enfermées dans des vitrines-cercueils tristement accrochées à un mur. Le Tapeur, sorte de pantin à ressort suspendu, allait taper méthodiquement sur la paroie de verre externe du bâtiment ( donc visible du dehors) comme s'il voulait éperdument s'échapper (recherche de la sortie?). La ballade des pendus, assemblage de marionnettes, de doudous, de robots, le tout plus ou moins désarticulé voire carrément en morceaux, tournait inlassablement sur un rail ovale suspendu au plafond haut. Ne manquait plus que les paroles de Villon dont j'ai regretté l'absence:


" Frères humains qui après nous vivez


N'ayez les coeurs contre nous endurciz,


Car, ce pitié de nous pauvres avez,


Dieu en aura plus tost de vous merciz.


Vous nous voyez ci, attachés cinq, six


Quant de la chair, que trop avons nourrie,


Elle est piéca devorée et pourrie,


Et nous les os, devenons cendre et pouldre.


De nostre mal personne ne s'en rie:


Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!"


Orange = M'a passablement plu. Gonflés-Dégonflés dont j'attendais beaucoup, comme par exemple de beaux développements de volumes, n'arrêtaient malheureusement pas de retomber pesamment avec des bruits d'asthmatiques ou de soufflés affaissés. Dépendance-Indépendance ou la forêt initiatique des contes toute de fils de laine noire enchevêtrés et de lettres de tissu cousues ensemble à la verticale pour former toutes sortes de mots clefs (maux?) pendait lamentablement. Les piques, au bout desquelles des photographies encadrées de noir mettaient à l'index des portraits, des paysages, des événements divers, formaient un rempart.


Bleu = Ne m'a pas plu. L'attaque des crayons de couleur, Gants-Têtes et Jeu de Deuil m'ont apparu comme particulièrement agressifs et morbides.


Jaune = Ne m'a pas du tout plu voire m'a révulsée. En observation a provoqué en moi un brin d'ironie et je me suis dit que j'aurais pu contribuer à l'édification de l'art en apportant mon sac poubelle et en l'y déposant à cet endroit. Les visiteurs appelés à participer et devenus actants auraient rendu l'installation vraiment subversive en la modifiant sans arrêt par l'ajout circonstancié de leurs déchets quotidiens! Les pensionnaires poussiéreux et déplumés arrivaient à grand peine à (sup)porter leur petite laine tricotée maison. Ils affichaient de pauvres petits corps d'oiseaux suppliciés, figés dans une vague odeur de cadavre. Enfin c'est CE que j'ai senti.


Non coloré = Tout le reste, qui ne m'a pas forcément laissée indifférente. J'ai d'ailleurs pas mal insisté, en me cassant le cou, pour déchiffrer, par de minuscules ouvertures horizontales taillées dans les murs, les signes sibyllins se cachant dans La chambre secrète de la Collectionneuse pour former des messages codés. J'ai laissé tomber, car j'avais l'impression de regarder par le trou de la serrure sans obtenir satisfaction.


Prière de ne pas oublier le fils de Gepetto dans "La Ballade de Pinocchio" installée dans le grand hall d'entrée hors exposition pour semble-t-il résumer tout ce qui allait être vu et nous préparer à ces montagnes russes des réactions extrêmes entre vif intérêt et répulsion psycho-organique. Ce qui adoucit toutefois cet art singulier et parfois excessif c'est l'ensemble disparate des peluches dans lesquelles on bute à chaque coin de salle comme sur des douceurs en ligne, en tas, en ordre, en vrac, en noir , en blanc, en couleur...


Même le néophyte peut comprendre qu'Annette Messager se débat dans un drôle de monde peuplé de monstres qu'elle apprivoise un à un en bricolant, coupant, assemblant, collant, cousant, tricotant, brodant, articulant, désarticulant toutes sortes de supports qui "l'expriment" mais aussi en faisant intervenir la technologie avancée pour rendre plus visibles encore ses obsessions ou ses délivrances. Il n'y a pas vraiment combat entre tous ces procédés d'écriture artistique, mais plutôt une coopération continue. Si Annette Messager a commencé à oeuvrer dans les années 70 dans le domaine des travaux de dame et travaux d'aiguille, bricoleuse infatigable, elle a en quelques vingt ou trente ans évolué vers des installations plus complexes faisant appel au savoir faire de techniciens spécialisés pour porter plus avant son travail. L'expérience de l'atelier de couture (voile, traversins, parties de corps ou d'organes, marionnettes...) et celle de l'atelier de mécanique et d'informatique (mouvements, déplacements de sujets...) sont alors conjoints.


Malgré toutes mes réactions contradictoires, j'aime bien toutefois une partie du travail de cette artiste et je ne demeure pas sans voix devant le reste. Je ne me lancerai cependant pas dans une théorisation pédante. Pour en savoir plus évidemment, mieux vaut lire quelques interviews d'Annette Messager que vous trouverez facilement sur le web. Quel regard a-t-elle sur ce qu'elle fait?
Voici ce qu'elle dit: " Pour moi, l'art doit questionner et déranger. Il propose une interprétation du réel qui doit interpeller." L'objectif est-il atteint?

Photo de mhaleph